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Sifflet tubulaire en forme de coq

Autres dénominations (termes vernaculaires)
assobio, apito

DMH1937.61.7


(Région historique : Minho)
1re moitié du xxe siècle (1920-1937)

Terre cuite peinte

Classification Sachs - Hornbostel : 421.221.311


Historique

Acquisition :
Ancienne référence : DMH1937.61
Ancienne appartenance : musée de l'Homme


Description

L'objet représente un coq sur un haut piédouche. À l'avant du socle est insérée une très courte flûte tubulaire à la fenêtre ouverte vers le haut.

Le coq au très haut cou possède une grande crête pointue et une haute queue semi-circulaire. Le pied est tourné en forme de fuseau avec une cannelure à la partie la plus large. Les yeux sont marqués par des cercles pointés estampés. Un trait incisé souligne le tour de la queue et le contour des ailes. Ces ailes forment sur leur arrière un relief sur la base sphérique du corps.

La figurine est tournée et modelée en terre beige très claire et peinte après cuisson. Un trou d'évent est percé à l'arrière du corps. Elle est peinte en gris foncé sauf le socle, l'arrière du corps et le bas du corps laissés bruts. La queue, la crête et le barbillon sont peints en rouge. Le tour de la queue, le haut de la tête, un cercle autour du cou et le haut des ailes sont peints en doré. Autour du corps sont peintes de larges taches alternativement rouges et blanches avec un centre rouge. Une tache blanche semblable à un cœur rouge est peinte au centre de chaque côté de la queue.

Commentaire

Ce modèle de sifflet est particulièrement peu fréquent dans l'abondante production de sifflets de Barcelos telle que nous la connaissons à travers ceux qui ont été conservés. Contrairement aux autres sifflets modelés par les enfants et les femmes de ce centre, il est l'œuvre d'un potier qui a tourné avec maîtrise cet oiseau. Il est en revanche probable que la décoration a été ensuite réalisée par son épouse. On retrouve dans le décor de taches blanches aux cœurs rouges beaucoup de similitudes avec le décor des autres sifflets moulés de la même collection donnée par Alexandre Orlowski.

Le coq est aujourd'hui inséparable de Barcelos. Ces « coqs de Barcelos » sont même devenus les objets parmi les plus typiques du Portugal pour beaucoup de touristes.

Joaõ Manuel Mimoso, chercheur spécialiste de la pierre et de la céramique, a étudié l'origine de ces figurines. Dans un article intitulé « Origem e evoluçaõ do galo de Barcelos » (Origine et évolution du coq de Barcelos) paru en 2010, il nous rappelle tout d'abord que les figurines en céramique sont présentes depuis des siècles dans la région de Barcelos (en particulier celles qui représentent des animaux domestiques : bœufs, porcs, chèvres et bien sûr coqs et poules), et qu'elles ont probablement des racines pré-chrétiennes. Le coq chantant au lever du jour est associé au triomphe de la lumière sur l'obscurité.

Une croix érigée à une date inconnue à proximité de Barcelos est décorée d'une scène sculptée où un coq préside une scène représentant un condamné pendu à une potence, qui semble soutenu par un personnage identifié comme saint Jacques. En 1866, une brève notice1 indique que ce monument rappelle un miracle où un Galicien innocent condamné à la pendaison fut sauvé par saint Jacques, le prisonnier restant suspendu dans les airs.

La version courante actuelle de l'origine du coq de Barcelos veut que cette figurine évoque une légende où un condamné, pour prouver son innocence, fut sauvé par miracle. Voyant un coq rôti, il déclara que s'il était innocent, le coq se lèverait et chanterait : c'est ce qui arriva. Il existe bien sûr de multiples variantes de cette légende reproduite dans toutes les brochures touristiques. On peut la rapprocher de la célèbre légende du pendu dépendu connue depuis le xvie siècle à Santo Domingo de la Calzada, dans la région de Burgos en Espagne, où un coq et une poule rôtis chantèrent pour clamer la survie miraculeuse d'un innocent pendu. Cette tradition, avec plusieurs variations, est associée au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. L'ethnographe portugais Augusto Cesar Pires de Lima (1888-1959) lui voyait des origines pré-chrétiennes.

Aucun des ethnographes locaux de Barcelos des années 1930 ne mentionnent une telle légende. Le coq de la croix est simplement associé au reniement de saint Pierre. Le spécialiste de la céramique de Barcelos Joaõ Macedo Correia, qui connaissait ce centre depuis avant 1940, écrit en 1965 que c'est une erreur de relier cette légende inconnue des potiers de Barcelos à la production de céramique. Il semble que ce soit en réalité le succès du coq de Barcelos dans le dernier tiers du xxe siècle qui a entraîné le succès de cette légende. Présenté lors des expositions d'art portugais dans les années 1940, le modèle actuel du coq de Barcelos sera par la suite mis à l'honneur par le Secrétariat à la propagande nationale d'António Ferro, ce qui conduira à sa standardisation actuelle.

Le sifflet du MuCEM fait partie de ce que J.M. Mimoso appelle les coqs « précurseurs ». Déjà en 1899, dans un article sur les poteries du Prado, Rocha Peixoto avait présenté un sifflet en forme de coq. L'arrière des ailes se détache plus nettement du corps et la queue forme un grand arc, mais dans ses lignes générales, la similitude est frappante.

C'est sur une peinture de Sonia Delaunay (1885-1979) qu'il est possible de retrouver le modèle du MuCEM. Sonia et Robert Delaunay vécurent en Espagne de 1914 à 1920. Pendant cette période, ils s'installèrent au Portugal de juin 1915 à mars 1916, dans le village de Vila do Conde (région de Porto), sur les conseils du peintre américain Samuel Halpert et du Portugais Eduardo Vianna. Cette période fut l'une des plus fécondes pour leur œuvre. Éblouie par les couleurs, Sonia Delaunay développa les applications décoratives (robes, objets, décors). Dans Jouets portugais, elle peint quatre figurines dans lesquelles on peut reconnaître des modèles traditionnels des sifflets de Barcelos. À l'arrière, un musicien joue du trombone (voir par exemple le sifflet DMH1959.66.34). Le sifflet sur le socle est simplement représenté par un cercle. Il est encadré de deux figurines féminines dont l'une joue de la guitare (un sifflet semblable, no inv. AR.216, est conservé au Museu Nacional de Etnologia de Lisbonne). Au premier plan, le coq représenté possède la queue semi-circulaire du sifflet du MuCEM. À la différence de ce sifflet, le corps du sifflet est rouge et la queue bleue, mais on y retrouve la bordure circulaire de la queue peinte (dans le cas de Sonia Delaunay, d'un trait rouge) et la tache rouge entourée de blanc au centre de la queue.

Sonia Delaunay reprendra cette composition dans une lithographie portant le même titre, en accentuant l'aspect graphique des objets dont les décors géométriques se fondent dans une composition complexe colorée, mais dans laquelle la coiffe vert et rouge du fanfariste et la tête et le haut cou du coq demeurent parfaitement lisibles.

1. A.M. do Amaral Ribeiro, Noticia descriptiva da muito nobre et antigua villa de Barcellos, Barcelos Typ. Jornal do Povo, 1866.


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Ensemble associé


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